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samedi 4 juin 2011

CALIBRE 9: Entretien avec Jean-Christian Tassy (Juin 2009)

Yann Moreau un jeune urbaniste corrompu, se retrouve manipulé par une arme à feu… possédée par l’esprit d’une prostituée assassinée. Tel est le pitch farfelu du premier long-métrage de Jean-Christian Tassy, « Calibre 9 », comédie d’action sanglante et spectaculaire tournée entre 2007 et 2009, terminée en 2010 et montrée en première mondiale en le 23 avril 2011 à Lyon dans le cadre du festival Hallucinations Collectives. L'interview qui suit fut réalisée alors que le film était encore en post-production… 

Frédéric Ambroisine : Qu’est-ce qui t’as poussé à faire du cinéma ?

Jean-Christian Tassy : Je pense avoir été traumatisé assez tôt par « Duel » de Spielberg et « Le bon le brute et le truand » de Leone. Au collège déjà, avec une bande de potes on faisait des remakes au caméscope de tout un tas de films qu’on adorait. L’influence des films de Van Damme et Jackie Chan début 90 a été je pense, le moteur le plus important. Quand tu regardes ces films en boucle deux ou trois fois dans la semaine, tu apprends très vite la grammaire cinématographique et forcement t’as envie de faire la même chose.

FA : Quand as-tu étudié à l’École Supérieure d'AudioVisuel ? Qu’as-tu appris durant cette formation ? 

JCT : Je suis rentré à l’ESAV sur Toulouse en 1999, et de cette école j’ai surtout appris à me démerder par moi-même.  C’est dans ce genre d’école que tu trouves des amis à vie. Nous étions un petit groupe qui faisait en général l’inverse totale de ce qu’attendait les enseignants. Des fois ça hurlait mais en général ces mêmes profs nous soutenaient dans notre démarche. C’est ce que t’apporte une école comme l’ESAV : une liberté absolue de créer ce que tu veux. Après si ton film est nul, c’est uniquement ta faute. Quand j’ai réussi le concours de l’ESAV, mon père m’a offert un ordinateur pour faire du montage, sur lequel je me suis fait les dents et à l’école le montage en numérique n’existait pas encore. C’est moi avec d’autres potes qui enseignaient le montage aux autres élèves. Je me suis spécialisé en réalisation à l’ESAV mais j’ai commencé à gagner ma vie en faisant du montage alors je me suis spécialisé dans cette voie…

FA : Quand a été créée l’association Dark Factory ?

JCT : L’association a été créée en 2004, c’est Eric Cherrière (réalisateur toulousain) le fondateur et aussi le co-scénariste de « Calibre 9 ». C’est grâce à elle que j’ai eu envie de revenir avec une structure appropriée à la réalisation de fiction. Le but de cette association est de produire des films de genre dans la région du Sud Ouest avec les moyens du bord. Elle permet de faire des demandes de subvention au près de la Région Midi Pyrénées et autres organismes…

FA : De combien de personnes est-elle composée ?

JCT : Elle est composé de cinq réalisateurs : Eric Cherrière, Catherine Aïra, Julien Fournet, Kevin Favillier et moi-même. Il y a aussi quelques personnes qui tournent pour faire la communication de notre  association.

FA : Comment fonctionne-t-elle ?

JCT : Elle fonctionne essentiellement au système D, elle prête et loue du matériel à des prix défiants toute concurrence et surtout elle met en relation les gens en fonctions de ce qu’ils recherchent. Par exemple si tu cherches un chef op’, un monteur, un régisseur ou autre, nous avons un carnet d’adresse assez gros pour faire en sorte que le projet du film puisse aboutir. Après, c’est comme L’ESAV, tu te démerdes…


FA : Est-ce que le titre du film est un hommage à « Milan Calibre 9 » de Fernando di Leo ? De plus, l’acteur principal a un peu la même tête que Gastone Moschin. C’est volontaire ?

JCT : Je n’ai pas encore vu ce film, mais je me suis juré de le voir une fois le montage du mien fini. J’ai trouvé l’acteur principal de mon film Laurent Collombert, diw=x jours avant de commencer à tourner - suite au désistement d’un autre - donc si ressemblance il y a, c’est grâce au destin. En revanche j’ai énormément réfléchi à ce que l’ambiance de « Calibre 9 »  soit oui, un espèce d’hommage à la virulence des polars Italiens des années 70, qui étaient des films tournés dans l’urgence avec des héros qui faisaientt souvent justice eux même.


FA : Quand a commencé la préparation du film ?

JCT : La préparation a vraiment commencé en 2007 sachant que nous avions une subvention depuis 2005. Mais il a fallu un temps fou avant vraiment que je m’engage dans ce chaos. Quatre mois avant le début du tournage j’hésitais encore entre un long ou un simple court métrage tellement je flippais de me rater. Sachant qu’au tout début de l’aventure j’avais uniquement ma chef op’, Chloé Robert, qui avait envie de faire le film.  Il a fallu avec son aide, convaincre plein d’autres personnes.

FA : Combien de temps a-t-il fallu pour réunir toute l’équipe ?

JCT : Tout s’est fait dans l’urgence, l’équipe était très jeune, ils étaient contents de se faire les dents s sur mon film. On va dire qu’il y a quelques postes qui sont restés jusqu’au bout - chef op’, preneur de son, assitant réalisateur, maquileur effet spéciaux et régie -  le reste ça tournait beaucoup. C’était du genre : « Tu fais quoi demain ? Rien ? Eh bien tu seras cadreur seconde caméra de « Calibre 9 » ! ». Pour les comédiens, j’ai essayé de faire un max de répétition, mais dans l’urgence, tu prends les gens qui veulent vraiment le rôle. Si la personne avait une bonne gueule et une belle voix, c’était bon : elle avait le rôle…

FA : Est-ce que tu penses que c’est plus facile de trouver des bénévoles quand il s’agit de travailler sur un film de genre ?

JCT : Oui, quand tu tournes un week-end avec tes potes dans une maison abandonnée. Mais quand tu es responsable de minimum quinze personnes sur au total 45 jours de tournage, tu marches sur des œufs sans arrêt et tu guettes la rébellion tous les jours.  Je n’ai jamais été autant poli que sur le tournage de mon film.  Après, c’est sur que dès que tu tournes une séquence d’action en pleine rue, l’équipe est surmotivée, donc peut être que oui, le genre y est pour quelque chose.


FA : Tu es à la fois réalisateur et chef-monteur de « Calibre 9 ». Pourquoi avoir cumulé ses deux fonctions ? Pas le choix, ou tu penses qu’on est jamais mieux servi que par soi-même ?

JCT : Je pense d’abord un peu par orgueil, mais aussi surtout parce que je ne voulais pas de scripte sur ce film, ça m’aurait plus embrouillé qu’autre chose. Donc au final, si je me retrouve avec un monteur vierge du tournage, je vais devoir perdre un temps infini à lui expliquer où sont rangés les rushes, pourquoi ça été filmé de telle manière etc… Je pense faire appel à un monteur peut être vers la fin du premier montage pour avoir un regard objectif du film. J’espère de tout cœur trouver un jour un monteur sur lequel je pourrais me reposer.


FA : Dans le reportage de TLT, il est dit que les subventions reçues on servi aux costumes, à l’essence et à la nourriture. Mais il est clair également,  qu’une grande partie du budget à du servir aux effets sanglants, et aux scènes de fusillades. Quel a été le « Budget Sang & Armes à Feux » du film ?

JCT : J’avais récupéré pas mal de trucs d’anciens tournages  - guns, balles à blanc etc – et je sais que j’ai du mettre 1000 Euros en achat de flingues et autres. J’ai dis à mon maquilleur Kevin Favillier qui s’occupait des impacts et autres : « T’as 400 Euros pour tout le film, tu te démerdes ».  Kevin a brûlé un cierge et Dieu l’a apparemment aidé.

FA : Qui a chorégraphié les scènes d’actions ? 

JCT : J’ai chorégraphié la plupart des séquences d’action en collaboration avec mon assistant Raphael Piccin, mais sur le plateau il y avait en général des idées que je chopais par ci par là. Ces idées venaient en général du comédien principal (pratiquant et enseignant d’Aïkido) qui avait des idées assez cool sur le placement de son corps en fonction de telles séquences d’actions. Kevin Favillier, avec l’aide de Jean-Frédéric Chaleyat, me donnaient dès fois des pures  idées de mise en scène et quand ça ne ressemblait pas trop à du Bruno Matteï, je disais « OK les gars, C’est cool, on fait à votre idée ». Il y a quelques séquences de luttes qui ont été supervisé par un pote cascadeur Frédéric Hess, de la Troupe du Grand Koungké.


FA : Comment envisage-tu la carrière du film une fois qu’il sera terminé ?

JCT : Pour l’instant j’ai eu une chance incroyable sur ce film tourné quand même sur deux ans, le premier trailer nous a permis de taper dans l’œil d’un producteur, Axel Guyot de la société Les films d’Avalon, et qui a pris le film très au sérieux. Si jamais on arrive à le vendre à une chaîne TV et permettre de pouvoir payer l’équipe du film, ça serait super cool mais avant il faut le finir et tenter les festivals. J’espère qu’on pourra avoir une copie Zéro et pouvoir démarcher, On a fait un test de kinescopage (HD sur Pellicule 35) et franchement ça tabassait sévère pour un film tourné dans ces conditions.

FA : L’association femme justicière et armes à feu ont toujours fait bon ménage dans le cinéma. Mais dans ton film, tu choisis carrément de fusionner les deux. D’où t’es venu cette idée farfelue ?

JCT : Ca n’a pas grand-chose à voir mais la première inspiration du concept vient d’abord du film « Memento » de Christopher Nolan.  Au début du film, le montage se fait à l’envers et je crois que c’est Guy Pearce qui jette son arme mais à l’envers, ça s’aimante à sa main. Alors je me suis dis, tiens ça serait cool d’explorer une histoire de manipulation avec une arme qui fait à son personnage des choses qu’il n’a pas forcément envie de faire. Une espèce de relecture des « Mains d’Orlac ». Puis j’ai imaginé assez vite que le pistolet pourrait lui parler mais comme une nature morte. Je voulais une utilisation du fantastique assez minimaliste. Vu l’univers  assez masculin dépeint dans le film je pensais qu’il valait mieux que ce soit une femme qui trouve sa place dans l’arme et que ce soit dans une première partie de l’histoire la véritable justicière du film. Ensuite je voulais qu’une relation amoureuse s’établisse entre cette arme et le personnage principal. Je me suis dis que j’en allais en prendre pour minimum cinq ans, alors il fallait que ce soit barré jusqu’au bout. Ensuite Eric Cherrière, le co-scénariste en a remis une couche et cela a permit de finaliser un scénario de total contre culture !

FA : Parlons de l’actrice principale, Nathalie Hauwelle. Comment l’as-tu découverte et pourquoi l’as-tu choisi ?

JCT : Je connais Nathalie car j’ai monté un court métrage « John 32 » d’Eric Cherrière  - disponible sur le DVD de « Beyond Réanimator » - dans lequel elle avait le premier rôle. C’est l’époque où je ne connaissais pas forcement 10000 comédiennes sur Toulouse et en même temps j’avais pas l’impression de me tromper en pensant à elle.  Je trouve qu’elle passe super bien à l’image et je trouve le timbre de sa voix très cinématographique.  Je lui ai montré le scénario en 2005 et en 2007 je la rappelle et je lui dis : « Tu veux toujours tourner dans mon film ? ». Comme elle est un peu timbrée, elle a dit oui.


FA : Pourquoi avoir fait de ton héroïne une (ex-)prostituée ?

JCT : A l’époque, « Sin City » de Rodriguez  n’étais pas encore sorti, et plein de potes me faisait découvrir les œuvres de Frank Miller. Cela a, je crois, beaucoup compté et  je me suis dis s’il y a bien des femmes qui veulent se venger des mecs, ce sont bien les prostituées. En même temps je voulais qu’elle soit une prostituée comme Melville les filmait dans ses polars. De façon assez prude. Je l’ai plus filmé comme une femme fatale que comme une prostituée contemporaine….


FA : Est-ce qu’il a été facile de la convaincre Nathalie Hauwelle d’incarner une arme à feu pendant la majorité du film ? 

JCT : Quand je lui ai expliqué son rôle, je lui ai dit : « Dans mon film, tu es le personnage principal du scénario et en même temps on ne risque pas de te voir plus de 20 minutes dans le film ».  Elle a paru surprise puis quand je lui ai expliqué le principe, ça lui a bien plu.  De toute façon, elle ne pouvait m’accorder beaucoup de temps, vu qu’elle joue énormément au théâtre dans les quatre coins de la France.

FA : Comment l’as-tu dirigé pour ses « scènes réelles » ?

JCT : Je l’ai dirigé du mieux que je pouvais, il fallait que je la mette en confiance qu’elle ne sente pas convoquée sur le plateau pour être uniquement de la chair à canon. Le premier jour de tournage, elle devait tourner avec des comédiens jouant ses clients. Trois clients qui devaient lui passer dessus. Ça c’était le matin. Ensuite l’après midi, elle devait descendre - et donc remonter - trois étages - en tout une quinzaine de fois -  de l’hôtel miteux en  petite tenue devant plein de figurants. Et le soir, elle devait sortir en nuisette sous la pluie en pleine rue. Elle a fini la soirée en pleurs et le lendemain elle était à l’heure toute souriante !!!

Entretien réalisé en juin 2009 par Frédéric Ambroisine.

mercredi 1 juin 2011

ONG-BAK: Entretien avec Tony Jaa (Pusan 2003)

Tony Jaa est né sous le nom de Panom Yeerum dans la province de Surin, située à peu près à 200 km de Bangkok. Passionné par les arts martiaux depuis son enfance, il y consacre toute son énergie depuis l’âge de 10 ans. Adolescent, il découvre le film “Born to fight” réalisé par le réalisateur-cascadeur Panna Ritthikrai qui deviendra son maître, quelques années plus tard. Après avoir débuté par des taches diverses sur des productions locales, il a l’occasion en 1997 de doubler Robin Shou dans la production hollywoodienne Mortal Kombat 2. Il double également par la suite, la star locale James Ruengsak Loichusak et travaille sur la série télévisée In See Dang. Le succès sans précédent de Ong-Bak a fait de Tony Jaa, la star n°1 du cinéma d’action en Thaïlande.

Tony Jaa: photo promotionnelle pour "Ong-Bak" (2003)

Frédéric Ambroisine: Depuis quand pratiquez-vous le « Muay Thaï », et qu'est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans le cinéma ?

Tony Jaa: Avant d'en arriver au « Muay Thaï », j'ai étudié une multitude d’autres types d'arts martiaux. Dans un premier temps, c’est le cinéma qui m’a éduqué. J'ai en effet visionné une tonne de films où étaient pratiqués le « Karaté » (art martial japonais), le « Kung Fu » (art martial d’origine chinoise), le « Krabi Krabon » (art martial thaï à partir duquel fut créé le « Muay Thaï»), le «Kendo » (art martial du maniement du sabre japonais). La majorité de ces œuvres étaient des productions asiatiques. J'ai tenté d'assimiler toutes ces techniques de combats en observant attentivement et en m’entraînant sans relâche pour appliquer les connaissances que j’avais emmagasinées. J'ai ensuite rejoint une école d'arts martiaux, qui se concentrait surtout sur le « Muay Thaï ». Mais c’est ma rencontre avec Panna Rithikrai,  mon maître, qui a été déterminante en ce qui concerne cet art martial.  Il m’a prodigué un véritable entraînement. C'est avec lui que j'ai commencé à pratiquer de façon plus sérieuse. Et c’est précisément pour mon rôle dans Ong-Bak que je me suis mis à 100% au « Muay Thaï ».

1er poster international de "Ong-Bak" (2003)

FA: Le « Muay Thai » est un art martial, qui fut montré précédemment à l'écran, mais de façon beaucoup moins spectaculaire que dans Ong-Bak. Aviez-vous vu auparavant des films où était pratiqué le « Muay Thaï » ? Si oui, qu'avez-vous apporté de plus par rapport à ces derniers ?

TA: En fait, j'ai surtout regardé des films d'arts martiaux interprétés par mes idoles, Bruce Lee, Jet Li et Jackie Chan, qui sont surtout des films de « Kung-Fu ». En voulant montrer le « Muai Thaï » à l'écran, je désirais apporter quelque chose de différent et de nouveau dans le domaine du film d'action en Thaïlande. J'ai regardé beaucoup de films d'arts martiaux, et pas seulement ceux montrant du « Muay Thaï ». Sur les conseils avisés de Panna Rithikrai, nous nous sommes dit  qu’il fallait trouver un style de film spécifique au « Muay Thaï ». Il m'a alors suggéré d'adapter les arts martiaux chinois à mon propre style. 

"Ong-Bak" (2003)

FA: Vous avez été engagé en tant que cascadeur sur une production américaine, Mortal Kombat : Annihilation de John R. Leonetti. Cinq ans plus tard, vous êtes acteur principal et instructeur de combat sur Ong-Bak. Qu’avez-vous à dire sur cette évolution ? 

Pour ce deuxième opus de Mortal Kombat, je me suis présenté à un casting  parmi plus d'une centaine de personnes. Il y eut une première sélection où furent choisies les 10 meilleurs et j’en faisais partie. Je remportais la seconde haut la main, grâce aux performances de réaction aux coups de poings et aux coups de pieds que l’on exigea de moi. A l'époque je pratiquais surtout le « Kung Fu », et je me débrouillais plutôt bien : lors de ce « screen test », le directeur de casting et la production se sont exclamés « Oh My God ! » ; ils me trouvaient très cynégétique et étaient impressionnés par la rigueur et la maîtrise de mes différents mouvements. Je fus très heureux de cette expérience bien que je fusse toujours à l'arrière plan dans le film. J'ai eu le rêve d'être acteur, maintenant que j'y suis arrivé, que j'ai atteint ce statut, je suis vraiment heureux.

"Ong-Bak" (2003)

FA: Dans Ong-Bak, les séquences techniques classiques de « Muay Thaï », sont accompagnées de cascades à la fois folles et spectaculaires qui dépassent le cadre des arts martiaux, où vous courez et vous sautez dans tous les sens. Quels sont les autres activités sportives que vous avez pratiquées pour arriver à ce niveau d’efficacité ?

Avant d'en arriver là, j'ai dû étudier, étape par étape, le style dit «  ancien » du « Muay Thaï » dont l'apprentissage est très éprouvant. Il faut savoir tomber, se relever, utiliser ses genoux, ramper, glisser, rouler, savoir enchaîner tous ces mouvements par cœur, tel un proverbe, et pouvoir l'appliquer ensuite. Le « Muay Thaï » dans sa forme ancienne utilise toutes sortes de figures acrobatiques. Mon maître utilisait un bâton pour que je mette en application cette apprentissage, comment bloquer les coups, réveiller mes réflexes, être très dynamique, souple, savoir éviter les coups… Et J'ai combiné tout cela avec la gymnastique. Ong-Bak montre beaucoup de techniques de « Muay Thaï » qui n'ont jamais été vues auparavant, ni au cinéma, ni même dans la vie réelle car il s'agit d'une forme de « Muay Thaï » traditionnelle, encore très peu connue du public. Cet art m'a demandé cinq années de recherche et de pratique. La plupart des  coups spéciaux que j’utilise dans Ong-Bak ne sont pas utilisés dans les matchs, car trop dangereux. Il reste encore beaucoup de techniques à découvrir. Il y a beaucoup de règles à respecter dans le « Muay Thaï » classique. Pour mon prochain film Tom-Yum-Goong, j'utiliserai des techniques de « Muay Thaï » plus difficiles et dangereuses que celles vues dans Ong-Bak, qui se devront d'être plus spectaculaires aux yeux du public. 

"Ong-Bak" (2003)

FA: Il est évident que vous allez bientôt avoir des propositions de tournage en occident. Que pensez-vous des stars asiatiques du film d'action qui jouent actuellement dans des productions de type hollywoodien telles que Jet Li et Jackie Chan ? Et en particulier de la différence entre les films qu'ils tournent à l'étranger et dans leur pays d'origine ?

Je serais très heureux si j’avais l'opportunité de pouvoir tourner à l'étranger. Les films asiatiques des acteurs de Hong Kong à Hollywood sont bien différents, mais si les films qu’ils faisaient en Asie étaient bons, ceux faits aux Etats-Unis peuvent être tout aussi bons : la même qualité mais avec plus de moyens. Je n'avais jamais imaginé que Ong-Bak obtiendrait un tel succès. Je suis vraiment très heureux, je ferai de mon mieux pour faire le meilleur boulot possible à l’avenir. 

Une autre photo promo de Tony Jaa pour "Ong-Bak" (2003)

FA: A Hollywood, des stars comme Jackie Chan sont contraintes d'utiliser des câbles ou des doublures pour des raisons de sécurité alors qu'à Hong Kong, ils étaient autonomes. Si vous étiez obligé d'en utiliser que feriez-vous ?

L'originalité de Ong-Bak est justement le fait que je n'utilise ni câbles, ni  doublures. C'est le réalisme de l'action qui a fait le succès du film. C'est sa principale qualité. Si je tournais avec des protections, je ne donnerais pas le meilleur de moi-même. 
"Ong-Bak" (2003)

FA: Comment s’est déroulé votre collaboration avec le réalisateur ? 

Le réalisateur Pracha Pinkaew, mon maître et moi-même avons beaucoup discutés sur la façon dont les scènes de Ong-Bak devaient être tournées d'un point de vue cinématographique et d'un point de vue technique au niveau des arts martiaux. L’objectif principal était que la star du film soit le « Muay Thaï ».

 Avec Prachya Pinkaew, Tony Jaa & Pumwaree Yodkamol (Pusan 2003)


Interview réalisée par Frédéric Ambroisine le 9 octobre 2003 au « Festival International du Film de Pusan ». Remerciements à Gilbert Lim (Sahamongkolfilm International Co. Ltd), Carrie Wong (Golden Network Asia Ltd), Kaï et Francis Moury.

mardi 31 mai 2011

FLASHPOINT: Entretien avec Collin Chou (Décembre 2007)

Entre Le Maitre d’Armes de Ronny Yu et avant The Fordidden Kingdom avec Jet Li et Jackie Chan, Collin Chou, donc la carrière internationale a pris un bel envol depuis Matrix 2 & 3, revient temporairement à Hong Kong pour les besoins de Flash Point. Un film d’une brutalité rare, où son affrontement contre Donnie Yen, restera probablement dans les annales du cinéma d’action.

 Collin Chou dans "Flashpoint" (2007)


Vous êtes connu en Occident sous le nom de Collin Chou, mais vous avez également deux noms chinois, Chou Siu-Lung et Ngai Sing. Quel est donc votre véritable nom ?

Mon vrai nom est Chou Siu-Lung. Le nom Ngai Sing est un pseudonyme qui m’avait été donné par Sammo Hung. Je l’ai utilisé quand j’ai commencé à travailler à Hong Kong pour lui en tant qu’acteur et cascadeur, entre 1989 et 1997 (Collin Chou est originaire de Taiwan, NDR). Je n’ai jamais aimé ce nom, mais comme j’avais signé avec la société de Sammo, et que la plupart des acteurs de son équipe avaient un nom de scène, j’ai accepté d’en porter un également. Quand j’ai quitté sa société en 1997, j’ai pu enfin reprendre mon vrai nom. En ce qui concerne le prénom occidental Collin, c’est moi qui l’ai choisi car il me plaisait. 

"Lover's Tears" (1992) produit par Sammo Hung

Quand avez-vous appris l’anglais et comment avez-vous eu l’opportunité de travailler à Hollywood ?

Quand je suis arrivé aux Etats-Unis à la fin de l’année 1999, je ne parlais pas un mot d’anglais. J’ai donc commencé à prendre des cours, à raison de sept à huit heures par jours, et je travaillais aussi à temps partiel pendant cinq heures après ces cours. Un an plus tard, Yuen Woo-Ping, qui avait réglé les scènes d’action du premier Matrix, m’a demandé si j’étais intéressé pour travailler avec lui sur la pré-production de Matrix 2 & 3. J’ai accepté et passé quelques mois à travailler avec lui et les frères Wachowski sur les chorégraphies de ces deux films. Six mois plus tard, je recevais un appel téléphonique du producteur de Matrix qui me proposa de faire parti du casting. 

"Matrix Reloaded" (2003) des frères Wachovski

Flashpoint est le second film où vous affrontez Donnie Yen. Pouvez-vous nous parler de votre première rencontre avec lui ?

J’ai rencontré Donnie Yen en 1999 lors du tournage du film d’action taiwanais City of Darkness, de Lam Man-Cheung. Concernant la scène finale de ce film où nous nous battons dans la forêt, je n’ai pas eu besoin de préparation physique car j’étais déjà en pleine forme ! Donnie n’a pas réglé les scènes d’arts martiaux de ce film contrairement à Flash Point. La scène finale de City of Darkness nous a demandé seulement deux jours de travail. Cette courte durée est due au fait qu’il s’agissait d’un film à petit budget. Pour préparer cette scène, je me contentais de suivre les instructions du chorégraphe Yam Paak-Wang. Ce fut un plaisir de travailler avec lui. Sept ans plus tard, c’est Donnie Yen qui m’a personnellement contacté pour me proposer le rôle de son ennemi dans Flash Point. 

"Flashpoint" (2007)

Connaissiez-vous les autres films du réalisateur Wilson Yip avant de le rencontrer ?

Durant la période où je réfléchissais pour savoir si je devais jouer ou non dans  Flash Point,  la société de production hongkongaise du film m’a envoyé quelques films de Wilson Yip, que j’ai tous beaucoup aimés. Après ça, j’étais absolument impatient de travailler avec lui. Voir SPL m’a tout de suite emballé. Même si ce type d’histoire mêlant polar et arts martiaux, avait déjà été fait auparavant, Wilson a su réinviter le genre en employant différents types d’acteurs, pas uniquement spécialisé en arts martiaux, et en donnant au tout une forme nouvelle. Avec SPL et Flash Point, je pense que Wilson Yip et Donnie Yen font vraiment revivre le vrai cinéma d’action hongkongais et y apporte en plus une touche inédite.

Wilson Yip sur le tournage de "Flashpoint" (2007)

Comment avez-vous préparé votre rôle ? 

Je pense que pour être un bon acteur, il faut se donner un peu de temps avant d’aller sur le plateau de tournage, deux mois minimum si votre planning le permet. Après la lecture du scénario de Flash Point, j’ai eu besoin d’étudier un minimum la nature du personnage, et j’ai aussi discuté avec Wilson pour savoir s’il avait des demandes spécifiques concernant mon interprétation. Après ça, j’ai cherché à voir plusieurs films de genre, où apparaissent des personnages dans le style de celui que j’interprète dans Flash Point. A mes débuts à Hong Kong, j’ai appris le métier d’acteur sur le tas, en enchaînant les tournages. Mais sincèrement, je pense avoir vraiment commencé à apprendre le métier quand je suis venu aux Etats-Unis pour travailler sur Matrix 2 & 3. La Warner Bros a engagé un coach pour que je puisse faire progresser mon jeu d’acteur. Après ça, j’ai acheté quelques livres sur la méthode Stella Adler qu’elle m’avait enseigné et travaillé avec un professeur de son école à Los Angeles. 

"Flashpoint" (2007)

Le tournage de l’impressionnant combat final de Flash Point a dû être particulièrement éprouvant ?  

Tout à fait. Et de façon générale, la préparation et le tournage de toutes les scènes d’action de Flash Point, furent très brutaux et douloureux. Elles m’ont demandé un énorme temps de préparation. Du coup, j’ai plus souvent travaillé avec Donnie Yen, que Wilson Yip. C’est un grand défi pour un acteur comme moi, de prouver que je suis toujours capable physiquement de tourner dans de vrais films d’action hongkongais de haut niveau. Depuis que je travaille à Hollywood, on ne me permet plus de faire des choses trop dangereuses. Aujourd’hui, il est très rare de voir de vrais acteurs exécuter sans doublures de telles scènes de combats face à la caméra. 

 Donnie Yen contre Collin Chou dans "Flashpoint" (2007)

Combien de temps de préparations et de tournage ont nécessité la scène de poursuite avec gunfights, ainsi que celle du combat final ?

Nous avons travaillé sur la scène finale pendant à peu près un mois et demi. Cette durée inclut la préparation et les répétitions. La scène de la poursuite avec gunfight nous a pris un peu plus d’une semaine. Je ne sais pas si ça se sent dans le film, mais le lieu et les conditions étaient loin d’être agréables. Nous avions tous d’énormes difficultés à travailler sur cette scène. Chacun a donné son maximum pour qu’elle soit réussie.

 "Flashpoint" (2007)


Avez-vous été blessé sur le tournage de Flash Point ?

Evidemment, mais pas au point d’aller à l’hôpital. A Hong Kong, nous disons toujours en plaisantant que, sur ce type de films, si on ne se retrouve pas à l’hôpital, c’est que l’on est très chanceux. Mais en général, malgré toutes les blessures que nous pouvions avoir, personne ne s’est plaint.

Propos recueillis par Frédéric Ambroisine en décembre 2007.
Remerciements : Mandarin Films & Convergence Entertainment.